Monday, 25 March 2013

Vikings


Un homme se tient debout apparemment seul dans un champ de bataille où gisent les cadavres. Les cotés de son crane sont rasés et ses cheveux blonds foncés par le sang sont tressés sur le dessus de sa tête. Un ennemi apparaît et la hache fuse, et le sang gicle rien ne nous est épargné de l'horreur des corps qui se démembrent. Les corbeaux arrivent, une silhouette capée vient emporter les morts, et notre homme au milieu de ce champ de bataille regarde la silhouette mythologique emporter les âmes défuntes. Ragnar voit plus que les autres hommes, Ragnar voit la mort à l'oeuvre.
D'abord ulcérée par la violence de la première scène, de la scène primitive, c'est le fantôme de Bergman qui semble nous rendre visite et avec lui la fascination infinie pour le septième sceau.
Commence le générique: vu du fond de la mer les vaisseaux vikings avancent, les cadavres et les haches tombent au rythme guerrier du If I had a heart de Fever Ray.


Le choix musical est parfait, il convoque à la fois la dépression la plus profonde, l'accord de l'homme avec sa propre mort, sa capacité à la regarder en face, et le déni d'humanité dans une musique païenne et guerrière. « If I had a heart I could love you... »
Ainsi Vikings raconte l'histoire de l'ambitieux Ragnar qui voulait voguer vers l'ouest vers la pleine mer, là où peu de vikings s'aventuraient.
Pour l'instant la série avance vite, et ne tombe pas dans les nombreux écueils qui pourraient se présenter, je ne lui reproche que le tic scénaristique du faux frère et de la possibilité inquiétante d'une éventuelle conversion au catholicisme. Pour l'instant nos héros ne se charge pas de la culpabilité chrétienne et ils avancent dans la conquête libres de la peur de mourir ou de la peur de faire du tort à un dieu.
Je suis prise de passion pour cette série et ne peut pas être objective je ne m'explique que partiellement cette attirance charnel pour cette fiction. Ce coup de foudre est-il une continuation de l'amour que j'ai eu pendant l'adolescence pour Thorgal Aegirsson? Est-ce parce que comme dans Rome de HBO on semble proposer un temps imaginaire d'avant la névrose où les hommes et les femmes savaient ce qu'ils voulaient et comment l'obtenir? Est-ce parce que les personnages vivent dans l'immédiateté et que les interprètes sont assez magnifiques pour proposer des personnalités qu'on a jamais vus avant, ou que les scénaristes nous propose une histoire dont on ignore par quel chemin elle va nous mener? Est-ce la joie primaire des barbares détruisant les autels et foulants les sanctuaires ou la discipline individuelle d'être qui luttent pour eux mêmes?
 Je ne m'explique pas cette fascination pour le moment, ce que je sais c'est que j'attend chaque semaine avec hâte cette série qui est comme le chante Diabologum à découvrir absolument.
Oh et voici Travis Fimmel qui joue Ragnar dans sa précédente carrière d'homme objet!

Sunday, 3 February 2013

La Valigia dei Sogni, 1953


THE ENGLISH VERSION FOLLOWS THE FRENCH ONE
 La cinémathèque française présente une rétrospective de l'oeuvre de Luigi Comencini. Et lorsqu'hier je suis allée voir la valigia dei sogni dont le titre français serait « marchand de rêves » je m'attendais à une sorte de fantaisie surréaliste comme son titre l'indiquait mais je n'avais aucune idée de ce que serait l'intrigue, et tant mieux, car prise par surprise j'ai été émerveillée de mon choc.

Le film bien qu'il présente dans le générique l'habituel «  tous les personnages sont fictionnels» commence comme un documentaire. Comencini nous montre les dépôts où la pellicule filmée est recyclée en film de celluloïd transparent et comment la mémoire du cinéma est tout simplement effacée. Un vieil homme élégant, Ettore Omeri (Umberto Melnati) arrive en bicyclette et tente de sauver quelques bouts de films «comme on le faisait avant la naissance des cinémathèques» dit la voix off. Le concept est placé il va s'agir de l'histoire d'un cinéphile qui comme Langlois va essayer de sauver le cinéma de sa destruction physique. Comment ne pas s'émerveiller de l'effet de mise-en-abîme de voir un tel film non seulement en cinémathèque mais dans la salle Henri Langlois de la cinémathèque.
Omeri (en français on dirait Homère comme le conteur de l'Iliade et l'odyssée) est un ancien acteur du muet et chez lui il conserve des centaines de bobines (en nitrate d'argent dont on sait la dangerosité). Pour gagner sa vie, avec l'aide de la charmante et drôle fille de sa concierge Mariannina (Maria Pia Casilio) il les présente dans les écoles ou les salons bourgeois, illustrant les histoires avec sa voix et présentant en même temps l'Histoire du cinéma.

Arrivé chez lui après sa visite au dépôt il examine la pellicule et découvre Oh merveille qu'il a trouvé le seul film dans lequel Eleonora Duse ait jamais tourné. Il dit « c'est la plus grande actrice que la terre ait porté, elle se méfiait du cinéma qui ne rendait pas la voix et elle n'a tourné que dans un seul film qui ne fut jamais terminé. » Lorsqu'il mentionne la Duse, le film entre en contact avec le réel et la véritable histoire du théâtre et du cinéma. Une grosse partie du film est donc la présentation des merveilleux classiques de l'époque muette du cinéma italien mais mise en scène dans une intrigue avec répercutions dans le présent, humour, charme et dramatisation:
On demande à Omeri de présenter ses trésors dans un salon bourgeois et le baronne en question veut en particulier les films romantiques et ceux d'Héléna Makowska, qu'elle connait et qui joue son propre rôle dans la valigia dei sogni.
Omeri présente donc sa rétrospective des magnifiques divas du cinéma muet ( comme j'ai pu les voir présentée par Lobster dans les années 90 au festival international du film de La Rochelle) mais voilà les gens rient devant des films dramatiques. Le sur-jeu des acteurs du muet et leur mouvements saccadés par les appareils de projection moderne leur semblent ridicules. La Makowska présente, ne peut retenir ses larmes, ce ne sont pas les jeunes qui rient qui la peine, mais de revoir une époque disparue reprendre vie. Et Omeri assassiné dans son coeur par cette réception décide de ne plus jamais montrer les films. Lorsqu'il fait le tour des musées pour proposer sa collection, sa jeune assistante reçoit le fils de la Makowska qui veut détruire les vieux films de sa mère, elle lui promet de les lui donner à conditions qu'il lui fasse faire un essai. Seulement en cherchant les films, elle excite le nitrate d'argent, et tout prend feu. Omeri est arrêté pour avoir gardé chez lui un matériel si dangereux, et on lui demande de visionner cette dernière bobine qu'il allait présenter aux musées qui ont gentiment refusé au cinéma son statut d'art. Dans cette dernière bobine on peut voir des extraits de chef d'oeuvres comme Cabiria, et puis enfin apparaît comme le scénario nous la promettait :la Duse...

Ce film est merveilleux, les acteurs y sont beaux, drôles et touchants, surtout Umberto Melnati qui joue Omeri. Ce film est déchirant pour qui aime le cinéma, on sait tous la dangerosité des pellicule en nitrate d'argent et voir, après la destruction institutionnalisé, cet incendie d'oeuvre uniques est un déchirement! Et enfin, j'ai vu Eleonora Duse sur grand écran. Cette grande actrice de théâtre sur laquelle j'ai lu que ce soit dans les écrits de Constantin Stanislavski ou dans le travail à l'actor's studio de Lee Strasberg.

Le wikipedia italien indique que cette histoire est inspirée par le travail que fit un acteur du muet, Mario Ferrari, pour préserver les films, et aussi celui que firent Comencini et son jeune frère qui les mena à créer la cinémathèque de Milan. Le film fut réalisé pour la cinémathèque italienne en temps de crise, donc les acteurs renoncèrent à leur salaire mais il n'a pas rencontré de succès.

The French cinémathèque presents a retrospective of Luigi Comencini's work. And when yesterday I went to see La valigia dei sogni, from the title ( the dream suitcase)I was expecting a surrealist fantasy, but I had no idea of what the plot would be, so I was taken by surprise by a story that I didn't expect.
This film, thus it presents the usual « the story and character depicted are fictitious » starts like a documentary. Comencini shows us the factory where printed films are recycled into transparent celluloid and how the cinema memories are simply erased. An old and elegant crazy man, Ettore Omeri ( Umberto Melnati) comes with his bike and suitcase to try to save pieces of master pieces « like people used to do before the film libraries were born » says the voice over.
So the concept of the opus is set: it will be the story of a film buff who like Henri Langlois will try to save films from their physical destruction. How not to be amazed by this effect of mise-en-abîme of seeing such a film in a film library and especially in the Henri Langlois theatre of the French cinémathèque.
Omeri (in English he would be called Homer like the poet, writer of the Iliad and the Odyssey) is a former silent era star who's preserving hundreds of old film ( in silver nitrate which is extremely flammable as we know). To earn his living, with the help of the charming and funny daughter of his janitor Mariannina (Maria Pia Casilio) he presents the films in school, salons... illustrating the stories with his own voice and also presenting by this medium the history of cinema.
Back home after a visit to the factory where they destroy films, he inspects what he found and discover, Oh joy! That he found the only film left in which Eleonora Duse acted. He says « that's the best actress that was ever on earth and she played in only one film, because she didn't trust a medium without sound, she shot only one film and it was kept unfinished ».
When Omeri talks about la Duse this film cross reality. A large part of this opus is, thus, the presentation of the wonderful classics of the Italian silent era but directed in a plot with repercussions in the present, humour, charm and drama.
A baroness asked Omeri to present his treasures in a salon, she particularly wants the Romanesque films and especially those in which Helena Makowska is playing (Makowska plays her own part is the opus).
So Omeri presents his retrospective of the munificent divas of the mute era ( like I saw them presented by Lobster in the nineties during the international film festival of la Rochelle) but people are laughing. The over acting of the actors and their fast movements due to the modernity of the projector makes them seem ridiculous. La Makowska can't hold her tears back, it's not because the youngsters are laughing but because it's painful to see dead people living on the screen again. Omeri wounded by the cold and mocking reception of his treasures decides to keep the films for himself or to give them to museums. While trying to give away his collection, Mariannina meets with Makowska's son who wants his mama's past to be destroyed, she exchanges the service against a screen-test, and then looking for the right opuses she accidentally put the whole collection on fire.
Omeri is arrested for having kept such a dangerous collection in his basement, and to be sure that it wasn't pornography the police asks to see the last remaining film which he kept because libraries and museums refused to see cinema as an art. In this last film we get to see extracts of master-pieces like Cabiria and last but not least, as the script promised, the wonderful Eleonora Duse breaking our hearts for the first and last time on film.
This opus is amazing, the actors are beautiful, funny and touching, especially Umberto Melnati who conveys his passion for cinema in a heart-breaking and sincere way. This film is heartrending for whom loves cinema, we all know how the silver nitrate films are dangerous, and after the institutional erasing of the opuses it's hard to see the saved one being destroyed by fire. And finally I saw Eleonora Duse on the big screen. Actress of whom I heard praises in Constantine Stanislavsky’s works and Lee Strasberg amazing book Work at the Actor's studio.
The Italian wikipedia indicates that this story was inspired by the work of a silent era's actor named Mario Ferrari, who like Omeri tried to save films from destruction and also by the Comencini's brother creation of la cineteca di Milano. This opus was made for the Italian film library during an economical crisis thus the actors weren't paid, and also the film wasn't a success which is hard to understand after seeing such a beauty!

Wednesday, 26 September 2012

Grey Gardens (1975) Albert and David Maysles




English version follows the French one ( sorry I can't make the link inside to work yet)
Grey Gardens est un documentaire des frères Maysles qui ne prend par parti et ne juge pas les personnages qu'il filme. Il nous présente Edith Bouvier-Beale, et sa fille Edith Beale, deux socialites recluses dans les Hamptons, tante et cousine de Jackie O.
Big Edie, la mère avant de se marier avait entamé une carrière de chanteuse, lorsqu'elle a épousé Mr Beale et eut trois enfants avec lui, elle n'a pas pour autant cessé de chanter et de faire ce qu'elle voulait. Son mari peu fan du côté bohème de son épouse, l'a donc laissée à son amant, lui donnant de l'argent de poche qui ne lui permettait pas d'entretenir la grande maison de Grey Gardens. C'est lorsqu'elle a été quittée par son amant que Big Edie a fait en sorte que Little Edie vienne la rejoindre.
Little Edie quand elle était mannequin
En 1971/2 les voisins se sont plaints de l'état sanitaire de la maison. Big Edie et Little Edie vivaient sans eau, ni chauffage, ni électricité, elles nourrissaient des chats et un raton laveur, et accumulaient des milliers de détritus car comme disait little Edie « C'est incroyable dans une ville républicaine, il faut payer pour qu'on vienne chercher vos ordures ». En jouant de leur image d'artistes et de socialites déchues Big et little Edie ont réussi à attirer l'attention des médias, et Jackie O est venue à la rescousse.
Le documentaire ne fait que survoler toutes ces occurrences et nous donne le loisir de faire la connaissance de ces deux femmes bohèmes s'il en est.
La première chose qui est frappante c'est à quel point ce dénuement ne les affecte pas moralement, Little Edie a beau dire qu'elle déteste la campagne et qu'elle veut retourner à New York elle semble, malgré tout, avoir trouvé un équilibre auprès de sa mère. Il est fascinant qu'une telle situation ne soit pas glauque, parce que ces deux femmes qui avec leurs accents du sud pourraient être des personnages de Tennessee Williams, ne semblent pas être conscientes de l'état de décadence de leur maison et de leur vie.
Little Edie le dit très justement, elle a quand même 56 ans, que dans cette maison elle ne se voit pas comme une femme mais une petite fille. Et elle se déguise, porte une attention minutieuse à ses tenues, et protège toujours ses cheveux sous, soit, un pull entouré comme une écharpe ou un foulard. Big Edie non plus n'est pas plus émue que ça par sa situation, elle parle du passé comme si c'était hier, mais ne regrette rien. Que les chats aillent faire leurs besoins derrière son portrait l'amuse « c'est une terre consacrée »dit-elle. Elle est pauvre mais elle fait ce qu'elle veut. Big et little Edie jouent au même jeu, elles ne sont pas folles mais ne cherchent pas à voir le réel autrement que par le prisme de leur fantaisie. À 79 et 56 ans elles jouent encore, elles mangent ce qu'elles veulent, principalement des glaces et du pâté, écoutent des disques, chantent et dansent.
C'est un documentaire tout à fait passionnant à regarder, qui présentent des personnages hors du commun et extraordinaire. Si little Edie est parfois en colère contre sa mère ou nostalgique de ce qu'elle aurait pu faire, on sent bien qu'elle n'a été retenue que par amour, que c'est l'amour pour cette mère et pour cette relation de jeu, de danses et de chants qu'elles ont et qui est unique, qu'elle est restée. Grâce à ce film on peu imaginer ce que l'on serait devenu si on n'avait pas laissé derrière nous l'irraisonnable folie de l'enfance. Au final le portrait n'est pas si effrayant que ça. Little Edie ressasse souvent cette envie de partir mais ajoute, et pour moi ça explique beaucoup, qu'elle ne voudrait pas que sa mère meurt car elle est « too much fun ». Little et Big Edie se sont toujours mises en scène, ce qu'elles ont attendu toute leur vie c'était quelqu'un pour venir les filmer et ce furent les frères Maysles.
Little Edie and the Maysles Brothers




English version
Grey Gardens is a documentary which was made by the brothers Maysles. It doesn't judge the filmed characters and let us discover their personalities. Here, they are:Edith Bouvier Beale and her daughter Edith Beale, two reclusive socialites, living in a devastated house in East Hampton, aunt and cousin of Jackie O.
Big Edie on her wedding day
Big Edie, the mother, before getting married had started a singer career, when she married Mr Beale and had three children with him, she didn't cease performing even though it was at home and with friends. Her husband didn't like to have a bohemian wife, and left her with her lover, with a small monthly allowance that didn't allow her to keep the house in a good state. That's when her lover left her that she did everything she could to bring little Edie back.
Little Edie in her youth
In 1971/72 the neighbours complained about the sanitary state of the house. Big Edie and Little Edie lived without water, nor heater, nor electricity, they fed cats and a racoon, and accumulated litter, because as Little Edie said « in a republican city you have to pay to have your own waste taken ». Playing with their artistic and socialite background they succeeded attracting media attention, and Jackie O came to rescue them.
This documentary does not explain all that, it is focused on the Beales stories, and personalities.
Little Edie express it very clearly, that even though she's 56 years old, that in this house she doesn't see herself as a woman but as a little girl. And she dresses up, protect her hair with scarfs or sweaters. Big Edie isn't moved either by her situation, she talks about the past without any bitterness, and doesn't regret anything. She does not care that the cats are peeing behind her portrait. She laughs saying that it's « consecrated land ». She is poor but does what she wants.
Big and little Edie play the same game, they're not crazy but they don't try to see the real any other way than through the prism of their fantasy. At 79 an 56 they still play, mainly eat pâté and ice cream, listen to music, sing and dance.
This documentary is fascinating to watch because of these amazing characters, bigger than life. And if Little Edie is sometimes angry against her mother, or nostalgic about what she could have done with her life, it's clear that she was only retained by love, and that is the love of and for this mother and for this relationship they had, made of songs and dances, which is unique, that she stayed.
Grey gardens gives an idea of what would become of us, if we refused to grow up, and be sensible. And eventually the portrait is not as scary as it could be. Little Edie might always think of leaving the Hampton but she wouldn't like her mother to die « she's too much fun ».
Theses women have rehearsed their show for a long time, and what they've been expecting all their lives was someone to film them, and those persons were the Maysles brothers .
New documentary made from the rushes of Grey Gardens

Monday, 10 September 2012

The We and the I, Michel Gondry


 The English Version follows the French one!
La projection avait lieu dans le cadre de la soirée de lancement des pépites du cinéma, un festival  de cinéma passionnant que Michel Gondry soutient et c'était donc la raison de sa présence vendredi 7 septembre à la Courneuve!
La Projection 
Quand Emilie, ma pote peintre, m'a textée me proposant d'aller voir une avant-première de The We and the I je n'ai pas hésité un instant pour dire oui. D'abord parce que je suis toujours extrêmement curieuse des nouvelles oeuvres de Michel Gondry et particulièrement les moins commerciales, ensuite parce que j'avais juste très envie de voir ce film. Donc je ne me suis pas refroidie quand j'ai su que la projection serait à La Courneuve, me disant que c'était logique d'aller en banlieue parisienne pour aller voir un film sur des jeunes du Bronx.
À l'entrée du ciné, c'était le Bronx, enfin le bazar, une bande de jeunes voulait participer à la séance et la responsable leur a dit d'un air déçu «Pour une fois que vous voulez venir voir des films chez nous y a pas de place!» et eux « Mais on est chez nous ici!». Ce cinéma, l'étoile, n'est pas un îlot dans la banlieue et il essaye d'attirer les jeunes du quartier.
Donc on est installées dans la salle, et Gondry arrive pour présenter le film. Pas du tout le Gondry des interviews que j'ai vues et lues, il était déjanté et ludique, expliquait qu'il avait insisté pour que le film sorte en avant-première extra-muros et que c'est aussi difficile de sortir de Paris que d'y entrer. Tout son discours était justement tourné vers ces lascars qui avaient voulu entrer (et qui étaient disséminés dans la salle), c'est pour leur montrer le film à eux qu'il est venu à La Courneuve. Et en même temps il essayait d'affirmer sa street-credibility en rappelant que c'est lui qui avait fait le clip de IAM Je danse le mia, qu'il venait lui aussi de la banlieue, certes la banlieue moquette mais que son groupe Oui Oui en rapport avec NTM 93 s'était surnommé ETM 78 (encule ta mère)! C'était très drôle et rafraichissant de l'écouter partir dans tous les sens sans la moindre censure ni dans le vocabulaire ni dans les idées! Quand j'ai appris via the Playlist que son prochain film avait au casting Tautou, Duris et Elmaleh, j'ai été très déçue, et justement Gondry a alors perdu pas mal de sa crédibilité pour moi, qui fut rétablie vendredi par un magnifique et poétique «ils me font chier les couilles ».


Le film:
Un sound system sous forme de bus roule dans les rues de New York. C'est le dernier jour de classe, les élèves sortent, et vont à l'épicerie d'à côté récupérer leurs portables qu'ils ont mis en consigne pour un dollar la journée. Térésa avec une perruque blonde sur la tête attend. Le bus arrive et les gamins montent dedans, prennent leur place pour jouer leur rôle dans le théâtre de leur vie. The We and the I observe les adolescents et la grande différence qu'il y a entre leur comportement en groupe et en tant qu'individu (ce qui explique le titre). Le trajet est assez long pour qu'on ait le temps d'approfondir, et de dépasser la première impression. Pour toute personne prenant les transports en commun le chahut des adolescents, leurs incivilités, sont un spectacle quotidien qu'on a jamais l'occasion d'approfondir. On n'a rarement l'opportunité de dépasser le dérangement occasionné par cette jeunesse pleine d'énergie. Et là Gondry nous donne accès à cette richesse. Il nous donne une nouvelle grille de lecture pour aborder le réel.
Dans la première partie « the bullies » j'ai pensé aux Mauvaises Fréquentations de Jean Eustache, et à ces jeunes hommes qui n'arrivant pas à se canaliser faisaient souffrir quelqu'un qu'ils auraient pu aimer, comme ça par maladresse. J'ai retrouvé entre les jeunes-hommes en manque d'amour des années 60 et ces adolescents du Bronx, le même genre de cruauté qui bien qu'il me mette mal à l'aise fait partie d'un réel rarement dépeint au cinéma.
ça n'est pas des personnages que Michel Gondry nous permet ici de découvrir grâce à cette unité de temps et d'action (qu'est le bus), mais de vrais personnes. Comme dans L'épine dans le coeur, il laisse la place à tout, quitte à risquer de perdre un peu la rythmique idéale d'une fiction. Cette façon qu'il a de tout inclure de l'humain dans ses films, la réalité, les fantasmes, les rêves, les côtés obscurs, et les lumineux, me passionne. Il s'agit d'un film qui créé un écrin pour permettre à des jeunes de raconter leurs histoires et leur réalité.
C'est dixit Gondry la vision des ateliers de la Cité de Dieu qui lui a donné l'idée, de lui aussi créer des ateliers à The Point (un centre social dédié à la créativité dans le Bronx) et pendant 3 ans il a travaillé avec ces jeunes, il les a écouté s'exprimer.
The We and the I est un film puissant, une enquête pratiquement sociologique sur la jeunesse des quartier défavorisés.
Ce que Michel Gondry fait avec la fabrique des films amateurs ( qui fait en ce moment le tour du monde), et ses films moins commerciaux, est pour moi, ce que le cinéma contemporain devrait être: décrire la vraie vie comme elle est, avec ses incohérences de scénario, son manque de rythme, et devrait laisser à ceux qui sont condamné au silence dans les médias, l'opportunité de s'exprimer. The We and the I est pour moi jusqu'à maintenant l'oeuvre la plus forte de Gondry, il faut absolument aller le voir!


The screening:
When my friend Emilie who's a painter, asked me by text if I wanted to see The We and the I, I immediately said YES. First because I am always extremely curious about Michel Gondry's new opuses especially the less commercials, and then I really wanted to see this film. So it didn't scare we away when she told me that the projection would be in a hot suburb, I thought it was logical for a film shot in the Bronx to be shown in a generally feared suburb.
At the entrance of the movie house the organisation was slightly shambolic, youth wanted to see the film without invitation, and the lady at the desk said disappointedly « For once that you're interested about what is going on here, we're fully booked » and the kids with all the attitude they had « But that's our home! ». This cinema in the middle of a difficult neighbourhood, is not an island and tries to attract the inhabitants in its walls.
So we went into the room, installed ourselves, and then Michel Gondry showed up to present film. I didn't know for sure that he would come, Emilie kept me in the dark. He was not at all the Gondry I am used to in interviews (very calm and put together): he was extremely enthusiastic, joyful and crazy. He explained that he wanted to present the film outside of Paris, in the suburbs. In France poor people live in the suburbs while in USA they live inside the cities centers but they have the same difficulties to access culture, social status... He was very pedagogic to explain who he was to those kids who eventually joined the audience. 
To affirm his street credibility he reminded them that he's the one who did IAM's video clip of Je danse le MIA (French Hip Hop), that he also comes from the suburbs, even though his was a quiet one, but that his band OUI OUI to answer to NTM 93 ( hip hop band, NTM means Fuck Your Mum, 93 is the number of the district they come from) they called themselves ETM 78 ( Fuck your mum in the ass) 78 is for Versailles.
That was fun and refreshing to hear an uncensored speech! When I learned through the playlist that Gondry was shooting L'Ecume des jours with Audrey Tautou, Gad Elmaleh and Romain Duris ( Bankable but boring actors) I was very disappointed, and doubted his artistic credibility but Friday he said ( literal translation) « They're shitting my balls». Sorry for those shocked by strong language!

The film:
A small sound-system bus is travelling into the street of New York. That's the last day of school, the pupils are leaving, and they're going to check out their mobile phone that were kept in the local grocery shop for one dollar a day. Teresa wearing a blond wig waits for the bus. Then it arrives and the kid take their places in it to play their parts in the theatre of life. 
The We and the I observes the difference between the teenagers social and intimate behaviour (that's where the title comes from). The bus'route is long enough for us to really get to know all of them and surpass the first impression. Everyone who has taken public transportation has been a witness to groups of teenagers misbehaving, that is, I would say, a show that we can witness every week day, but we never get to find out more about them when they act like clichés with attitude. And that's what Gondry did, he gave us access to the persons not the parts, and this way gave us a new way of perceiving what is going on in life.
This film is fantastic and rich, I could not start to describe all the wonders in it and the reason why it is so interesting is that we're not confronted to characters, the kids are not professional actors, they are not playing parts, they are being themselves and telling their own story. Gondry met the kids, in a social centre named The Point which gives them the opportunity to make art, and also learn activism. He listened to their stories and worked three years with them. Like in The Thorn in the Heart, Gondry does not fear to show the good and bad sides of his characters, he takes everything from reality and does not try to bend life to the structure of a film.
What Michel Gondry is doing with the amateur film factory (which is travelling all around the world), and his non commercial films is to me, what cinema should really be about: depicting real life as it is, with its script incoherences, its lack of rhythm, and let those who never have the opportunity, express themselves. The We and the I is to me until now the strongest work of Gondry, it's an absolute must seen!

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